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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 00:35
Le crime : Disparition secrète, complète et définitive de la muraille historique de l'Aguedal Bba Hmad pendant la nuit du 4 Avril 2009. 

Comment arrêter l'hémorragie dont souffre quotidiennement notre patrimoine, qui est aussi un patrimoine de l'humanité ? 


Historique et plus de détails au sujet de la muraille et de l'Aguedal Bba Hmad
 
La muraille détruite est remarquable, elle s'édentait jusqu'à Bâb Aghmat sur environ 500m. D'une hauteur de 6m et largeur de 0,80 à 1m, cette enceinte, outre son caractère défensif, constitua une limite de l'Aguedal et le seuil des quartiers environnants. En plus de son rôle de repère urbain, elle participait, en tant qu'élément architectural omniprésent, à la délimitation de la ruelle d'Aghmat (
Touwala d'Aghmat), et par là même, à la structuration du tissu urbain traditionnel de la médina de Marrakech et la confortation de son épaisseur anthropologique. Sa forte présence, sa dimension symbolique, sa portée historique et ses caractéristiques architectoniques ont foncièrement imprégné la conception et la représentation de l'espace des marrakchis. 

L'Aguedal Bba Hmad était un grand potager du palais de la Bahia. Il s'agit d'un domaine agricole clos dépendant du palais Bahia. C'est dire que ce que l'on appelle « l'agriculture urbaine », aujourd'hui très en vogue en Europe, fut amplement pratiquée par nos ancêtres. Commencé par le père Moussa, chambellan et grand vizir au début du règne du sultan Hassan 1er (1873-1894), le palais Bahia, ou plus exactement Al-Bahiyya, fut agrandi et achevé par le fils Hmad Ben Moussa, plus connu sous le nom de Bba Hmad. L'édification du palais Al-Bahiyya dura plusieurs années et représente jusqu'à nos jours l'un des joyaux de l'architecture palatial de l'Occident musulman. Doté d'un immense Aguedal (qu'on peut traduire faute de mieux de «jardin potager»), le palais Al-Bahiyya fut très tôt entouré d'un intérêt particulier de la part du Maréchal Lyauté qui en a fait l'une des demeures du résident général de la France au Maroc à l'époque du protectorat. Ensuite le palais avec une partie de son Aguedal furent affectés aux Palais Royaux (Dar Al-Makhzen) avant que feu Hassan II ne décida de l'ouvrir au grand public et confia sa gestion au Ministère de la Culture en 1998. En effet, bien que divisé pendant l'époque coloniale en plusieurs lots distincts, une superficie d'environ 8000m2 a été réservée à la Bahia et constitue son prolongement naturel. La division évoquée n'a pas affecté les éléments architecturaux et les ouvrages hydrauliques de l'Aguedal (Passerelle suspendue entre le palais et l'Aguedal, la muraille, plusieurs bassins de formes et d'architectures différentes, canalisations, grand bassin central et ses arches,...) et dont la plupart se trouvait au sein de la partie annexée à la Bahia. Classé monument historique par Dahir (Dahir du 26-02-1924), Ce palais et la partie annexée de son Aguedal sont sous la tutelle du Ministère de la Culture depuis 1998.   

Photo ci-dessus de la muraille détruite et du bassin de répartition d'eau, prise le 11 avril 2009.   
Photos du palais Bahia.
Photos de site au palais Bahia, objet des restaurations ENA-Remaprt-Inspection-Conservation, Juillet et Aout 09.  


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Published by Architecture et Société - dans LIEUX
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commentaires

Assia LAMZAH 02/06/2009 13:35

Effectivement, il s’agit d’un crime contre l’humanité et conte lequel il faut se mobiliser pour stopper cette hémorragie. Ce crime reflète non simplement l’ignorance de l’importance et du rôle du patrimoine architectural et urbain dans la vie des villes et de leurs populations, mai aussi de l’indifférence des pouvoirs publics et de la société civile pour lutter conter ce genre de crime et préserver ce patrimoine. Il ne s’agit pas seulement d’une muraille ou partie de muraille démolie, mais plutôt d’un tracé urbain de toute une médina, d’un mode de vie, de valeurs sociales et culturelles et d’un symbolisme véhiculée à travers ces éléments architecturaux et les espaces qu’ils constituent. Sensibiliser les pouvoirs publics et la société civile à la préservation du patrimoine dans une vision durable est de noter rôle tous et je pense il est bien temps de se mobiliser pour cette cause si on veut sauver ce qui reste de note patrimoine architectural et urbain et qui constituent une part importante de notre mémoire collective et reflète notre identité. Espérer et travailler pour un avenir meilleur pour nos enfants et pour les générations futures commence d’abords par savoir qui nous sommes et qui nous voulons être. La préservation du patrimoine va justement dans ce sens et dépasse de loin les bâtisses dans leur physicalité et esthétique.

Imane Benelkadi 01/06/2009 18:52

Pourquoi ce crime?...
Pour récupérer de l’espace et l’aménager en un parking.
Ça tombe bien, comme ça on le lèguera demain, avec ses pairs partout ailleurs, à nos enfants et nos petits enfants comme emblème du patrimoine marocain du 21ème siècle !
Ainsi, si nos ancêtres nous ont concédé un extraordinaire génie constructif, nous, pour notre participation à l’édification du patrimoine de demain, on va laisser à nos successeurs un machiavélique savoir-faire déconstructif et démolisseur…
Pourquoi ce geste abject?...
Pour permettre la vue de l’Aguedal aux passants. Tiens, mais quelle vue on leur offre déjà ! Celle d’un Aguedal totalement délaissé et mal entretenu, s’apprêtant avec la démolition de son enceinte, à subir toutes sortes d’agressions extérieures.
Pourquoi cette démarche fourbe?...
Parce que démolir revient moins cher que restaurer…
Parce que démolir attirera bien plus de bénéfices que restaurer
Mais maintenant, après le fait établi, ne venez surtout pas demander, pourquoi nos jeunes ont de moins en moins l’esprit citoyen, perdent progressivement l’amour de leur pays et se défont complètement de leurs liens à la nation…
Car, ces sentiments d’appartenance ne s’éprouvent pas dans l’absurdité des manuels d’histoire qu’on s’est efforcé de nous inculquer.
Ces sentiments d’appartenance se façonnent magiquement par le toucher de bouts de terre imprégnés de la sueur des ancêtres et de leur sang, en caressant les petits tas de pierres entassées les unes sur les autres et assaillies par les tribulations du passé, et en inhalant l’odeur du mélange étrange des agrégats poussiéreux et de l’histoire...
Oui…on n’appartient qu’à ce que l’on a éprouvé, touché et senti. Si vous le saviez !
Et là, on a vu l’anéantissement, éprouvé la délaissement, touché les décombres et senti l’ingratitude et l’âpreté…voici à quelle culture nous appartenons !

Donc voilà ! Ces sentiments d’appartenance se défont aujourd’hui par des coups de pioches traîtres, portés dans l’abysse d’une nuit ténébreuse et dans l’imbroglio de circonstances douteuses.
Sachez que ce que vous avez démoli est un bout de mes racines, un trait de mon identité, une propriété de tous les marocains, un patrimoine de l’humanité.
Et si toute l’humanité vous pardonne ce geste barbare…moi jamais, simplement parce que j’y étais, j’ai éprouvé, touché et senti!!

RIDA GHALLOUDI 01/06/2009 03:49

Vraiment ça nous fait si mal de voir chaque jour la dégradation et la disparition progressive de notre patrimoine architectural marocain sans rien pouvoir faire, mais il faut savoir qu’un jour on aura tous la hante pour ne pas pouvoir regarder droit aux yeux de nos enfants pour justifier notre comportement passif vis-à-vis notre patrimoine et la perte de notre « culture architecturale » ; si ce n’est pas nous, ça sera pour les générations futurs. Nous assumons tous la responsabilité de ces actes non civilisés ; C’est là où la problématique du développement durable se pose et n’en pas ailleurs. !!!?